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Karthala360par Discovermores

Géologie et éruptions du Karthala

Un volcan bouclier jeune et très actif : plus de vingt éruptions en deux siècles, dont certaines ont atteint la mer, détruit un village ou couvert Moroni de cendres.

Formation

Comment le Karthala s’est construit

Le Karthala est un volcan bouclier, comme ceux d’Hawaï ou le piton de la Fournaise à La Réunion : des milliers de coulées de basalte fluide, empilées les unes sur les autres, ont formé un relief aux pentes longues et régulières, d’environ 30 km de long sur 15 km de large.

Les éruptions ne sortent pas seulement du sommet. Le volcan est traversé par deux zones de fissures (les « rifts ») : l’une s’étire sur 25 km vers le nord, l’autre sur 12 km vers le sud-est. Le magma peut s’y frayer un chemin et ouvrir une fissure à mi-pente, voire tout près de la côte. Au nord, le Karthala s’appuie sur un autre volcan plus ancien et moins actif, La Grille, qui forme le nord de l’île.

Pourquoi un volcan à cet endroit ? L’origine des Comores reste discutée par les géologues : un point chaud, comme à La Réunion, ou des fractures de la plaque qui laissent remonter le magma. Une chose est sûre : la Grande Comore est la plus jeune et la plus active des quatre îles de l’archipel.

La caldeira et ses cratères

Au sommet, la caldeira mesure environ 3 km sur 4. Ce n’est pas un cratère unique mais un ensemble d’effondrements emboîtés, qui se sont produits quand le magma s’est vidé sous le sommet. Deux cratères principaux s’y ouvrent :

  • le Choungou Chahalé, au centre : environ 1 300 m de long, 800 m de large et 300 m de profondeur. C’est lui qu’on découvre du bord de la caldeira ;
  • le Choungou Changomeni, plus au nord.

Le fond du Chahalé change à chaque éruption : un lac y est apparu après 1991, a disparu en avril 2005, puis des lacs de lave s’y sont formés et figés en 2006 et en 2007.

Des éruptions surtout effusives

La plupart des éruptions du Karthala sont effusives : des fontaines et des coulées de lave, peu explosives, avec un indice d’explosivité volcanique de 0 à 2. Deux exceptions notables, en 1918 et en novembre 2005, ont projeté des cendres sur une grande partie de l’île. Un autre danger est moins visible : quand l’eau souterraine rencontre la chaleur du volcan, elle peut provoquer une explosion phréatique, comme en 1991.

Chronologie

Deux siècles d’éruptions : les grandes dates

Une sélection, pas une liste complète : le volcan a connu plus de vingt éruptions depuis 1828, et au moins 34 au cours des 10 000 dernières années. La dernière alerte date de 2022.

  1. La plus ancienne éruption datée

    Datation à ± 150 ans près. Les éruptions suivantes connues datent du début du XIXe siècle.

  2. Une coulée de 13 km

    Partie du haut de la zone de fissures nord, une coulée atteint la côte ouest, tout près de Moroni. En 1860, une autre coulée arrive encore au rivage près de la capitale.

  3. Des gaz mortels

    Des émanations de gaz, en août, font 17 morts selon les chroniques de l’époque.

  4. Une éruption explosive

    Avec celle de 2005, l’une des deux éruptions les plus explosives connues du Karthala (indice d’explosivité volcanique 3).

  5. Fissures dans la caldeira

    Du 8 septembre au 5 octobre, la lave sort de quatre fissures dans la caldeira et couvre environ 2,5 km².

  6. Singani sous la lave

    En avril, une fissure s’ouvre sur le flanc sud-ouest. La coulée traverse le village côtier de Singani et détruit environ 300 maisons.

  7. Explosion et naissance d’un lac

    Une explosion phréatique, en juillet, due à la rencontre de l’eau souterraine et de la chaleur du volcan. Un lac se forme ensuite au fond du Choungou Chahalé.

  8. Le lac disparaît

    Éruption phréatomagmatique à partir du 16 avril. Des milliers d’habitants sont évacués, les cendres contaminent l’eau et les sols ; le lac du cratère disparaît.

  9. Des cendres sur Moroni

    Éruption explosive du 24 novembre au 8 décembre. Les cendres retombent sur une grande partie de l’île, dont Moroni, et contaminent de nombreuses citernes d’eau de pluie.

  10. Un lac de lave

    Le 28 mai, une éruption magmatique dans le Choungou Chahalé : la lueur est visible depuis la côte. Le lac de lave se fige début juin.

  11. La dernière éruption confirmée

    Le 13 janvier, vers 3 h du matin, une éruption d’environ 12 heures, sans forte explosion, forme un lac de lave dans le cratère. Une crise sismique suit, avec des séismes de magnitude supérieure à 4.

  12. Une lueur signalée

    Des habitants de Mde et de Mkazi signalent une lueur au sommet dans la nuit du 9 au 10 mai. Aucune éruption n’a été confirmée.

  13. L’alerte jaune

    À partir du 15 juillet, l’OVK enregistre des séismes anormaux sous le flanc ouest, jusqu’à 50 par jour. Le 17 août, le ministère de l’Intérieur déclenche l’alerte jaune : l’ascension est interdite. Début octobre, l’activité a nettement baissé. Aucune éruption ne s’est produite.

Les dates et les chiffres proviennent des sources listées en bas de page. Le nombre de personnes évacuées en 2005 varie selon les sources (de 2 000 à plus de 10 000 en avril) ; nous ne retenons ici que ce sur quoi elles s’accordent.

Surveillance

L’Observatoire volcanologique du Karthala

Le volcan est surveillé par l’Observatoire volcanologique du Karthala (OVK), créé en 1988 par le Centre national de documentation et de recherche scientifique des Comores (CNDRS), avec l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) et l’université de La Réunion. Sa mission : suivre l’activité du volcan, développer la recherche, informer la population sur le risque volcanique et transmettre les alertes aux autorités en cas d’éruption.

L’OVK travaille en lien étroit avec l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, à La Réunion, qui lui apporte un appui technique. C’est grâce à ce réseau que la légère hausse de la sismicité du début de janvier 2007 a pu annoncer l’éruption du 13 janvier.

Ce que mesurent les instruments

  • Les séismes : un réseau de stations sismiques autour du massif enregistre les petits tremblements provoqués par la remontée du magma ou la circulation des fluides. C’est le premier signe d’un réveil.
  • Les déformations du sol : inclinomètres installés dans un tunnel de lave, repères de nivellement dans la caldeira et mesures GPS permettent de voir le volcan « gonfler » quand le magma s’accumule.
  • Les gaz : depuis 2023, des stations mesurent le dioxyde de carbone (CO2), un gaz invisible qui peut s’échapper du volcan.

Un réseau modernisé depuis 2021

Le projet européen HATARI (« danger » en swahili), mené de 2021 à 2023 par l’IPGP, l’Observatoire du Piton de la Fournaise, le CNDRS et l’OVK, l’université de La Réunion et la Cité du Volcan, a financé de nouvelles stations sismiques, GNSS (GPS de précision) et de mesure du CO2, ainsi que la formation d’étudiants comoriens et réunionnais. En 2024, une station relais a été construite dans la caldeira, avec l’appui du PNUD, de la Banque mondiale et de la Direction générale de la sécurité civile, pour transmettre les données en temps réel par la 4G.

Un réseau fragile. En 2022, seules 4 des 7 stations fonctionnaient : câbles, batteries, panneaux solaires et GPS avaient été volés ou détruits. Ces instruments protègent les habitants de l’île. Si vous voyez une station abîmée pendant la montée, ne la touchez pas et signalez-la à votre guide.

Alerte

Les niveaux d’alerte du Karthala

L’OVK informe les autorités ; c’est le ministère de l’Intérieur, chargé de la sécurité civile, qui déclenche l’alerte, selon le plan de secours spécialisé Karthala. La Direction générale de la sécurité civile coordonne alors les secours avec le Croissant-Rouge comorien et les partenaires.

  1. Vert

    Activité normale du volcan. Les sorties ont lieu selon la météo.

  2. Jaune · vigilance

    Activité anormale, sans éruption certaine. La population est invitée à éviter toute activité autour du volcan. Aucune sortie.

  3. Orange

    Éruption possible à court terme : préparation des secours et des évacuations. Aucune sortie.

  4. Rouge

    Éruption en cours ou imminente : évacuation des zones menacées. Aucune sortie.

Seul le niveau jaune est décrit précisément dans les communiqués publics consultés ; les niveaux orange et rouge sont résumés d’après le plan d’action du Croissant-Rouge de 2022. En cas d’alerte, suivez uniquement les consignes officielles.

Les dangers identifiés par l’OVK

Coulées de lave

Lentes, elles laissent le temps d’évacuer, mais détruisent routes et maisons, comme à Singani en 1977.

Cendres

Portées par le vent, elles polluent l’eau des citernes, comme en 2005.

Gaz carbonique

Le CO2, invisible et plus lourd que l’air, s’accumule dans les creux : un danger mortel près du volcan.

Séismes et lahars

Secousses qui menacent les bâtiments, et coulées de boue lorsque la pluie emporte les cendres.

Explosions phréatiques

Quand l’eau souterraine rencontre la chaleur du magma, comme en 1991.

En 2022, l’OVK estimait que quatre régions de la Grande Comore étaient exposées, le Mbadjini, le Hambou, le Bambao et l’Itsandra, soit 115 villages et près de 300 000 habitants.

Et nos sorties ?

Ce que cela change quand on monte

  • Niveau jaune ou supérieur : aucune sortie. Nous suivons les communiqués de l’OVK et du ministère de l’Intérieur ; la sortie est reportée ou remboursée selon les conditions de vente.
  • Jamais de bivouac dans la caldeira. Le gaz carbonique peut s’y accumuler, surtout la nuit et dans les creux. Les autorités françaises le déconseillent fortement à leurs ressortissants ; notre camp est toujours installé hors de la caldeira.
  • Au bord de la caldeira, on reste à distance des parois, qui peuvent s’ébouler, et on ne descend pas dans les cratères.
  • Aucune éruption n’a été confirmée depuis 2007 : les risques d’une sortie sont surtout ceux de la montagne, le froid, le brouillard, la pluie et les chutes.

Sécurité : la règle Go, Adapter, No Go

Marcher sur l’histoire du volcan

La montée intégrale traverse les coulées anciennes et les forêts qui les ont recouvertes ; toutes les formules s’arrêtent au bord de la caldeira, face au Choungou Chahalé.

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